En caricaturant à peine, chaque candidat à l'élection présidentielle a trouvé son ou ses ennemis :

  • Pour Jean-Luc Mélenchon, c'est le capitalisme, et Le Pen.
  • Pour François Hollande, c'est la finance (avec un double discours un peu dérangeant...)
  • Pour Marine Le Pen, c'est l'étranger
  • Pour Nicolas Sarkozy, ses ennemis sont multiples : comme Le Pen, c'est l'étranger (lois Guéant...), mais aussi les délinquants, l'environnement (ça commence à bien faire!) ...
  • Pour François Bayrou, c'est le chômage
  • Pour Nathalie Arthaud, c'est le capitalisme
  • Pour Nicolas Dupont Aignan, c'est l'Euro
  • Pour Eva Joly, c'est le nucléaire
  • Pour Philippe Poutou c'est le capitalisme
  • Pour Corinne Lepage c'est le nucléaire
  • Pour Dominique de Villepin c'est Sarkozy

Ce qui est assez dommage c'est qu'ils se sont tous trompés d'ennemi. Notre vrai ennemi, c'est une ennemie (hasard de la langue française). C'est elle qui nous a poussée à nous endetter chaque année depuis l'année 1974, année du 1er choc pétrolier (serait-ce vraiment un hasard?). C'est elle qui par effet domino a provoqué la crise actuelle. C'est elle qui nous empêche d'avoir de la croissance et donc qui provoque du chômage. C'est elle qui va provoquer le dérèglement climatique.

C'est notre dépendance aux hydrocarbures (gaz/pétrole)! Ce devrait être le sujet essentiel, mais il est évoqué en une phrase ou deux dans les discours. Les journalistes ne s'en préoccupent pas.

2008 a été l'année du troisième choc pétrolier. Cela a provoqué une crise d'ampleur mondiale, qui a commencé aux Etats-Unis : L'augmentation du prix du baril qui a atteint 147$ a provoqué de l'inflation, puis l'augmentation des taux d'intérêts, puis l'explosion de la bulle des subprimes. (voir cette vidéo à ce sujet)

2008 a été une année record en terme de facture énergétique (exports – imports) pour la France: 52,9 milliards d'euros (source : douane). Suite à la crise, 2008 et 2009 ont été des années de récession en France (et aussi dans d'autres pays développés). La facture énergétique de la France était de 33,6 milliards d'euros en 2009 (en baisse à cause de la forte chute du prix du baril et de la récession), 37,9 en 2010 et 48,8 en 2011 . On peut parier qu'en 2012 on va se rapprocher du record de 2008, voire le dépasser alors même que la croissance sera très faible. Au niveau de l'Europe, la facture de pétrole est passée de 280 milliards d'euros en 2010 à à 402 milliards d'euros en 2011!

Le prix du baril de pétrole est actuellement élevé, et dans une tendance à la hausse depuis 2009. Idem pour le gaz. La différence entre l'offre qui stagne (voire diminue), et la demande qui augmente dans les pays à forte croissance comme la Chine et l'Inde va obligatoirement faire augmenter le prix du pétrole et du gaz dans les décennies à venir.

Si on ne fait rien,la facture va progressivement augmenter, asphyxiant à petit feu notre économie. Chaque année qui passe, ce sont des milliards d'euros de marge de manœuvre qui disparaissent. Et sans volonté forte, cela n'est pas prêt de s'arrêter.

Au niveau mondial, on risque de se trouver dans un scénario qui se reproduit en boucle :

  • prix du pétrole très élevé,
  • crise majeure,
  • récession,
  • chute du prix du baril,
  • rétablissement de l'économie tant bien que mal,
  • réaugmentation du prix du baril,
  • prix du pétrole très élevé,
  • et ainsi de suite...

Les Etats-Unis prennent le taureau par les cornes pour tenter d'éviter cela: ils visent une indépendance énergétique de l'Amérique du nord, grâce au développement des pétroles et gaz non conventionnels (gaz de schiste, pétrole issu des sables bitumineux...), les agrocarburants, les plates-formes de pétrole off-shore. Ils ont aussi une volonté forte de baisse de la consommation des véhicules : Norme CAFE pour 2025 : 54.5 miles par gallon en moyenne pour les voitures et véhicules utilitaires légers en 2025, soit 4.36 L/100km (dans une norme plus sévère que la norme européenne)

La France a seulement des idées, et accessoirement des centrales nucléaires. Pour se donner de nouvelles marges de manœuvre et un peu de croissance (les fortes croissances n'existeront plus avec le manque de pétrole), il faut faire en sorte de se désintoxiquer, en augmentant notre efficacité énergétique.

Quelques mesures de bon sens s'imposent :

  • Mise en place d'une taxe carbone
  • Développement d'une agriculture locale et bio moins dépendante en hydrocarbures
  • Orientation du marché de l'automobile vers les véhicules qui consomment peu : Si une nouvelle prime à la casse devait être mise en place, elle devrait être conditionnée sur l'achat d'une voiture qui consomme peu..., Bonus malus amplifié, Aides pour l'achat de voitures hybrides ou électriques
  • Encouragement du transport des marchandises sur le rail
  • Isolation des bâtiments
  • Encouragement des mode de chauffages autres que fuel et gaz (bois, biogaz, géothermie, électricité nucléaire,...), et du chauffage de l'eau via des panneaux thermiques (qui est une technologie simple et rentable sans aide, au contraire de l'énergie photovoltaïque...)
  • Arrêt de l’étalement urbain (pour éviter les déplacements inutiles, et développer les circuits alimentaires courts)

La mesure de TIPP flottante proposée par François Hollande qui vise à stabiliser le prix du carburant est le parfait exemple de ce qu'il ne faut pas faire : c'est un mauvais signal donné aux français. Au contraire, il faut faire augmenter le prix du carburant volontairement et de façon planifiée, ce que vise la taxe carbone, quitte grâce à l'argent collecté à donner des aides pour que les personnes les plus en difficulté puisse changer de voitures pour une qui consomme moins (et cela pourrait s'appliquer même pour une voiture d'occasion)

Les voix qui alertent sur le danger de notre dépendance énergétique sont de plus en plus nombreuses, mais est-ce que cela va suffire à réveiller nos pauvres candidats aveugles?