J'ai lu récemment le livre "Changer le monde, tout un programme!" de Jean-Marc Jancovici. Après avoir lu le livre, on ne peut que penser que la plupart des politiciens et journalistes ne comprennent pas où sont les grands enjeux de ce siècle. Les débats sur les questions d'énergie, de matières premières et d'émissions de CO2 sont rares alors que là est l'essentiel, car tous les emplois, notre niveau de vie, et tout simplement l'avenir de l'humanité en dépendent directement.

Toute notre société est entièrement basée sur l'énergie facilement accessible et en grosse quantité. Le pétrole, le gaz et le charbon nous ont permis de démultiplier notre capacité et notre efficacité pour produire de la nourriture et des produits. Cela nous a permis de créer de nouveaux métiers dans l'industrie, puis les services. A première vue, ces métiers de service n'ont pas besoin de beaucoup d'énergie. En réalité, ils sont également très énergivores.

Exemple au hasard: un informaticien doit travailler dans un bureau qui a été construit avec du ciment, ce qui a nécessité de l'énergie. Le local est chauffé et climatisé, ce qui nécessite encore de l'énergie. L'informaticien vient au travail en voiture, qui consomme du carburant et a nécessité de l'énergie pour être construite... Il utilise internet, qui dépend de milliers de serveurs et matériel réseau (routeurs, ...) qui consomment de l'énergie... (Les consommations électriques du secteur informatique génèrent 2% des émissions de gaz à effet de serre du monde)

L'exode rural et l'étalement urbain ont également été permis grâce à l'abondance de l'énergie qui a permis la démocratisation des transports motorisés.

Les crises énergétiques (prix élevé du pétrole) entraînent des crises économiques quelques temps après : 1973 (1er choc pétrolier), 1979 (2ème choc pétrolier), 2008 (3ème choc pétrolier)...

Le gaz et le pétrole vont être de moins en moins abondants. Le pic de production pour le pétrole conventionnel (le plus facile d'accès et donc le moins cher) aurait d'ailleurs déjà été dépassé. C'est à dire que le nombre de barils de pétrole conventionnel produit chaque jour n'augmentera jamais plus par rapport au plus haut niveau maximum déjà atteint. (d'où la "nécessité" d'exploiter les sables bitumineux au Canada par exemple).

Cela a été mis en évidence récemment : la guerre de Libye actuelle a conduit à l'arrêt de l'exportation de pétrole depuis ce pays. Cela provoque une augmentation du cours du baril, et les autres pays producteurs de pétrole ne parviennent pas à compenser, si bien que les pays occidentaux ont puisés dans leurs réserves 60 millions de barils...

La demande énergétique des pays en développement (Chine, Inde, Brésil, …) augmente significativement. On a donc une baisse des ressources, et une augmentation de la demande. Phénomène aggravant, les pays ayant des ressources vont de plus en plus les garder pour eux.

Parallèlement à cela, les émissions de gaz à effet de serre et la déforestation provoquent le dérèglement climatique, qui d'après les scientifiques est un risque majeur pour l'humanité.

La raréfaction des ressources aurait pu être une bonne nouvelle à ce sujet, mais il reste encore suffisamment de charbon pour totalement dérégler le climat.

Pour que le réchauffement climatique n'ait pas un impact trop lourd et incontrôlable, il faudrait ne pas augmenter la température de plus de 2° par rapport aux niveaux pré-industriels, ce qui revient à limiter nos émissions pour ne pas dépasser 400 ppm (parties par million) de CO2 dans l'atmosphère, alors qu'aujourd'hui nous en sommes à 390 ppm.

Si rien n'est fait, on doit donc s'attendre à une énorme double crise : Dérèglement climatique et crise énergétique. Pour faire face à cela, il faut revoir toutes nos priorités : la société doit consommer moins d'énergie fossile et émettre moins de CO2: c'est la contrainte énergie-climat.

Après ce constat, les pistes envisagées pour résoudre ces problèmes sont présentées par Jean-Marc Jancovici.

La plus importante, celle qui doit modifier en profondeur toute notre société, c'est la taxe carbone. Elle doit orienter toute l'économie vers des produits moins émetteurs en CO2. La taxe carbone est à impôt constant : la tonne de CO2 est taxée, mais en contrepartie, un crédit d'impôt est versé à chacun. Plus idéalement, une baisse des charges sociales est effectuée, ce qui revient à moins taxer le travail t donc créer de l'emploi. La taxe carbone atténue les effets rebonds qui limitent les gains apportés par une technologie moins émettrice en CO2 : Si la baisse de consommation d'une voiture va de paire avec une augmentation du nombre de km parcouru, le gain au niveau des émissions de CO2 est nul. Au contraire, si le prix du carburant augmente en parallèle de l'efficience des voitures, le nombre de km parcouru n'augmente pas, et l'argent est redistribué par exemple pour créer de l'emploi (via la baisse des charges patronales), ou pour acheter une voiture électrique encore moins émettrice.

Voir également le paradoxe de Jevons.

On devrait mesurer le gain en tonnes de CO2 non émis par rapport à l'argent investi dans ce but. Ainsi on pourrait se rendre compte que des panneaux photovoltaïque produits en Chine (à l'aide d'énergie produite avec du charbon) et installés en France ont un impact très limité (et même négatif) sur la baisse de nos émissions de CO2 s'ils viennent en remplacement d'énergie nucléaire, et cela pour un coût assez important.

On doit développer le stockage du CO2 en profondeur (pour les centrales au charbon / gaz / pétrole)

Le solaire thermodynamique doit être développé dans les zones adaptées (déserts...).

L'électricité nucléaire émet peu de CO2. Elle constitue donc une marge de manoeuvre qu'il est difficile de refuser dans le contexte de la contrainte énergie-climat. Le risque d'accident nucléaire doit être mis en balance avec les morts liés à l'exploitation du gaz/charbon/pétrole (guerres, pollution atmosphérique, explosions, …) et les risques de pénurie d'énergie, et de dérèglement climatique, qui provoqueront de très nombreux morts si rien n'est fait. La 4ème génération du nucléaire doit être développée dans les décennies à venir (cela garantirait qu'il n'y aura pas pénurie de combustibles nucléaires avant plusieurs centaines d'années).

Les énergies renouvelables comme l'éolien et le photovoltaïque ont un fort potentiel de croissance. Cependant, ces énergies sont intermittentes, elles ne peuvent donc pas être utilisées comme électricité de base sans être associées à un système de stockage d'énergie difficile à mettre en place à un coût acceptable.

Un vaste plan de rénovation des bâtiment doit être lancé (allant jusqu'à la destruction d'une partie non négligeables de constructions mal placées géographiquement, ou impossibles à rénover)

La forêt française doit être mieux exploitée, en particulier pour le chauffage. On devrait consommer moins de viande rouge (cela consomme beaucoup de terres, et provoque l'émission de beaucoup de gaz à effet de serre). On doit plus généralement éviter les transports émetteurs de CO2 inutiles : agriculture locale, villes compactes, transport ferroviaire, voitures très compactes,...

Comme le titre du livre le dit, il y a bien là tout un programme, qui pourrait créer de nombreux emplois, améliorer notre environnement, diminuer notre dépendance énergétique vis à vis des pays étrangers, limiter le dérèglement climatique, être un pays leader en technologies peu émettrices en CO2 (voitures électriques, nucléaire, trains électriques, isolation des bâtiments, ...)