Regardez ce graphique réalisé par le site de Picardie Environnement Durable, association notablement anti-éolien:


Voici le commentaire associé :

Faute de vent, les 2600 éoliennes industrielles françaises sont quasiment à l'arrêt depuis le 14 novembre : C'est l'équivalent d'une ville comme Paris sans électricité pendant 15 jours alors que les températures extérieures sont négatives !!!

Par temps très froid, le système anticyclonique ne génère pas de vent alors que la consommation électrique augmente sensiblement : Donc impossible de compter sur les éoliennes industrielles pourtant très coûteuses aux citoyens français.

Le 11 novembre, le Syndicat des Energies Renouvelables se vantait d'avoir battu son record de production électrique éolienne pendant quelques heures, mais la réalité de cette technologie est qu'elle est totalement inefficace la majorité du temps. Particulièrement quand l'électricité manque...

A première vue, on pourrait être d'accord sur le fait que les éoliennes françaises semblent à l'arrêt depuis le 14 novembre.

Cependant, une certaine mauvaise foi transparaît de la réalisation même du graphique (à partir de chiffres officiels issus de RTE), par Picardie Environnement Durable .

Le graphique permet de visualiser sur deux courbes distinctes la consommation totale d'électricité, et la production d'électricité éolienne. L'ordonnée s'étend de 0 à 100 GW. 100 GW correspond environ au record de consommation d'électricité française (96,35 GW le 15 décembre 2010).

L'éolien français a aujourd'hui une capacité de 5,5 GW, ce qui est un maximum théorique de production. Le facteur de charge moyen est de 25%. Ce chiffre de 25% correspond au fait que le vent n'est pas toujours suffisant pour faire tourner les éoliennes à leur maximum. La production d'électricité éolienne moyenne attendue est donc autour de 1,4GW (5.5/4).

Comment peut-on analyser correctement le contenu du graphique, alors que la courbe de l'éolien a pour ordonnée moyenne environ 1,4 et l'axe des ordonnées s'étend de 0 à 100?

Désormais, voyons la courbe officielle du mois de novembre 2010, réalisée par RTE et fournie dans ce document (pdf) sur cette page.

N'est-elle pas un chouilla plus lisible?


Il se trouve que le rapport de RTE du mois de novembre 2010 explique que la moyenne du facteur de charge des éoliennes françaises était autour de 25% pour le mois de novembre 2010. C'est à dire conforme aux attentes. Certes, le vent n'a pas été régulier d'un jour à l'autre, mais globalement les éoliennes ont permis de moins faire tourner les centrales thermiques pendant le mois de novembre, qui était assez froid. Même du 15 au 30 novembre (soit disant sans vent), les éoliennes produisaient en moyenne 0.7GW, soit plus qu'une centrale au gaz moyenne.

A fin novembre la puissance installée dépasse 5 400 MW, la production moyenne éolienne a atteint 1 368 MW. Le mois de novembre a été venté de façon comparable aux mois de février, mars et octobre et affiche donc un Facteur de charge moyen égal à 25% proche de la valeur atteinte sur ces 3 mois (autour de 30 %), et supérieur à celui des mois d’été (autour de 15% de juin à septembre). La production mensuelle a fluctué entre des extrema de 212 MW (Facteur de charge : 4%) le dimanche 28 novembre et 4 198 MW (Facteur de charge : 77%) le vendredi 12 novembre. A noter que la valeur de 4 198 MW atteinte le 12 novembre à 18h30 constitue le nouveau maximum absolu de production éolienne, le maximum précédent s’élevait à 3 619 MW le vendredi 26 février à 12h30.

L'idéal serait de se passer de centrales thermiques. Mais des aléas liés au faible vent (ou faible ensoleillement en journée pour le photovoltaïque) peuvent demander d'y faire appel ponctuellement. On pourrait alors penser que le doublement éoliennes / centrales thermiques est très coûteux. Mais il faut savoir que dans une centrale électrique au gaz par exemple, le gaz représente 70 % à 90 % du coût de l'électricité. On voit bien que même s'il faut occasionnellement démarrer des centrales à gaz parce qu'il n'y a pas beaucoup de vent, cela n'est pas très grave financièrement, car le coût de fabrication d'une centrale au gaz n'est pas très important vis à vis du prix du gaz. A chaque fois que les éoliennes tournent, ce sont des énergies fossiles qui sont économisées, et notre indépendance énergétique est renforcée.

Un autre objectif de Picardie Environnement Durable à travers cette courbe était sans doute de montrer qu'aujourd'hui l'éolien n'est pas très important en France par rapport à la consommation totale d'électricité. On ne peut pas le nier, mais dans 10 ans, la situation devrait changer. En effet, en 2020, le grenelle de l'environnement a fixé comme objectif d'atteindre 25GW d'éolien, dont une part doit être en offshore, ce qui permet un facteur de charge plus important (car le vent y est plus régulier). Avec 25GW d'éolien installé, environ 13 % de la consommation totale d'électricité en France pourrait être produit par des éoliennes (en comptant 50GW de consommation en moyenne tout au long de l'année). Cela devient déjà bien plus significatif, même sur la courbe de Picardie Environnement Durable.

Un autre aspect visible sur la première courbe est le pic de consommation de 17H à 20H. Plutôt que de se battre contre des moulins à vent (zic), Picardie Environnement Durable devrait plutôt se battre contre ce pic de consommation qui ponctuellement chaque jour nécessite une capacité de production de plusieurs GW supplémentaires par rapport au reste de la journée. Cela peut se faire de différentes façons:

  • Elargissement du programme eco-watt Bretagne et Provence Azur à toute la France
  • Découragement de l'installation de radiateurs électriques dans tous les nouveaux bâtiments (Bonus/Malus comme pour les voitures par exemple)
  • Aides pour remplacer ses radiateurs électriques par d'autres systèmes de chauffage
  • Isolation des bâtiments
  • Obligation pour EDF de développer une nouvelle offre TEMPO (qui n'existe plus) et d'en faire la promotion : dans une telle offre le prix de l'électricité intégre un coût supplémentaire les jours de forte demande et est meilleur marché le reste du temps. Cela pourrait également être fait par rapport à des heures précises (pendant le pic).
  • Développement des Smart Grid, avec des compteurs intelligents. RTE pourrait envoyer un signal qui coupe automatiquement les équipements non essentiels des particuliers et entreprises lors des pointes. Les batteries de voitures pourraient se recharger aux heures de faible demande et alimenter le réseau lors des fortes demandes,...

Et un autre combat est de parvenir à réduire notre consommation globale. Les énergies éoliennes, hydrauliques et photovoltaïques (plus modestement) pourraient alors prendre une part encore plus importante dans le mix énergétique français!